Au fil des jours, au grès du cour, le site "Au fil des Couzes" se construit...
Histoire, découvertes, curiosités des Vallées des Couzes en Auvergne
Une page des Commentaires ou la défaite de Jules César.
Depuis deux mois d'hiver, César campait devant Gergovie. Or, le froid et la neige et le vent plus que les assiégés harcelaient son armée.
Muette, dans sa triple enceinte renfermée, la ville d'Arvernie attendait sans frayeur. Car Vercingétorix modérant leur ardeur commandait aux Gaulois le calme et la prudence.
Plein de courage et fier de son indépendance le jeune chef savait déjà se contenir et, fuyant le combat, préparait l'avenir.
Les Romains s'irritaient de la longueur du siège. L'éternelle blancheur des monts couverts de neige fatiguait leurs regards.
Déjà les légions murmuraient sourdement et les centurions signalaient çà et là des ferments de révolte.
Les vivres s'épuisaient. La dernière récolte avait été mauvaise et l'on manquait de blé. Il fallait en finir.
Le conseil assemblé fut d'avis de lever le camp sans plus attendre.
Mais César qui rêvait la gloire d'Alexandre, redoutant s'il fuyait, les rumeurs du Forum, dans un sobre discours prouva que l'oppidum pouvait être enlevé par ruse et par surprise.
Dès ce jour, ne songeant qu'à sa grande entreprise, du haut plateau de Crest il observait de loin un groupe de soldats défendant avec soin le monticule d'Opme, au sud de Gergovie.
Cette colline prise et la pente gravie, la ville devenait difficile à sauver.
Par un matin brumeux, debout avec l'aurore César lance au milieu de terrains découverts, comme pour attaquer Gergovie à revers, une troupe semblant une nombreuse armée. En poussant des clameurs cette bande formée d'esclaves, de valets déguisés en soldats, faisant un long détour, se dirige à grands pas du côté de Jussat où les gardes sommeillent.
A ce bruit matinal les assiégés s'éveillent et Vercingétorix, s'armant pour le combat, entraîne son armée au secours de Jussat, laissant la ville où régne une rumeur confuse.
Le proconsul voyant le succès de sa ruse se hâte de masser toutes ses légions, vélites, cavaliers, soldats, centurions, qui des plateaux de Crest et de la Roche-Blanche, roulent vers Gergovie, ainsi qu'une avalanche.
Les frondeurs étrangers et les archers Crétois marchent au premier rang. Puis, viennent les gaulois Eduens, soutenant Rome contre leurs frères.
Dans un ordre parfait, maîtrisant leurs colères, silencieux, voici les bataillons Romains et, derrière, le flot des cavaliers Germains.
Tous atteignent bientôt le premier mur d'enceinte quelques gardes surpris tombent sans une plainte.
Le camp des alliés est conquis ; Theutomar, le roi Nitiobrige est blessé sur son char ; Litavicus s'enfuit et soudain les cohortes entourent les fossés et se pressent aux portes.
En les voyant tout près des murs, les habitants pleins d'effroi, se sentant perdus, sans combattants, sans défenseurs, livrés à des mains inhumaines, implorent à grands cris les légions romaines.
Les vieillards, les enfants errent de toutes parts. les femmes aux seins nus, montant sur les remparts, laissent flotter au vent leur longues chevelures. Les unes, arrachant leurs plus riches parures, les jettent aux soldats pour calmer leur fureur ; les autres, à genoux et pâles de terreur, le corps brisé par leurs angoisses maternelles montrent leurs nouveaux-nés pendus à leurs mamelles.
Cependant Fabius, se cramponnant aux blocs grossièrement scellés monte de rocs en rocs et le glaive à la main entre dans Gergovie.
Par vingt centurions son audace est suivie et devant eux la ville est muette d'horreur.
Mais Vercingérorix, comprenant son erreur, se hâte d'ordonner une manoeuvre habile et ramène l'armée au secours de la ville.
Les cavaliers gaulois, franchissant les rochers, tombent sur l'ennemi. Les Frondeurs, les archers, les Arvernes trapus armés de leurs cateies, les Helves aux colliers éclatants sur leurs saies, les Cadurkes portant de larges boucliers en poussant de grands cris suivent les cavaliers.
L'espoir renaît alors dans la cité. Les femmes lamentables tantôt, ont maintenant des flammes dans les yeux ; les vieillards s'arment et les enfants excitent leurs aînés par des cris triomphants.
Fabius et les siens, poussés jusqu'aux murailles se brisent sur les rocs où pendent leurs entrailles.
Le bardit retentit sinistre, affreux, strident et le fils de Celtill farouche et l'oeil ardent apparaît formidable au sommet d'une roche.
Déjà les légions cèdent à son approche.
Le sang rougit la neige ; et la confusion règne partout. Alors, guidant sa légion, la dixième, César entre dans la mêlée.
Rendant par son exemple à l'armée affolée une nouvelle ardeur, il reprend le terrain perdu. Le bruit du fer sur les casques d'airain, le choc retentissant des haches et des masses, les épieux bossuant et trouant les cuirasses, les plaintes des mourants et les cornes d'aurochs dont l'appel incessant vibre à travers les rocs, tout ce tumulte affreux des antiques batailles se mêle et se confond jusqu'aux pieds des murailles.
C'est alors qu'un Arverne, un cavalier géant, atteint le proconsul près d'un gouffre béant, mais sans le reconnaître et détournant sa masse, en le voyant chétif et sans défense, il passe courbé sur son cheval et le saisissant par son baudrier, l'emporte au loin. "Tu tiens César" crie un archer Gaulois. A ce nom redoutable, épouvanté, saisi d'un trouble inexplicable, l'Arverne lâche prise et César, s'échappant, rapide entre ses mains glisse comme un serpent et s'enfuit en laissant tomber sa lourde épée.
Bientôt, craignant de voir sa légion coupée, César toujours prudent et calme fait sonner la retraite. Il comprend qu'il doit abandonner, puisqu'en ce jour fatal sa fortune chancelle, ces hauteurs où le sang des légions ruisselle.
Les Bardes cependant, du sommet des remparts, contemplent en chantant les bataillons épars que Vercingétorix poursuit jusqu'à la plaine ; et l'alouette enfin vit fuir l'aigle Romaine.
Gabriel Marc -Poèmes d'Auvergne-1882-
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